Quand j'étais aux États-Unis, je demeurais dans un temple chinois. On n'avait pas prévu de plantes en pot, seulement une ou deux toutes petites et jaunâtres qu'on avait plantées depuis quelques années déjà mais qui étaient toujours minuscules et plutôt mal en point. Sans doute n'étaient-elles pas suffisamment nourries, ou peut-être personne ne les avait jamais soignées, ni arrosées. Je n'ai fait ni une ni deux, j'ai commencé à arroser dès que je voyais un arbre. Je l'ai fait tous les jours. Au bout de deux mois ils avaient beaucoup grandi et ma chambre était pleine de plantes en pot, au point que je ne savais plus où les mettre. Les gens étaient très surpris. En ce temps-là, je n'avais pas assez d'argent pour acheter de l'engrais pour les plantes. Je n'étais pas non plus spécialisée dans l'arboriculture. Tout ce que je possédais, c'était l'amour. Je méditais et les arrosais chaque jour et puis je n'y pensais plus. Je voyais les feuilles devenir de plus en plus grandes et les plantes se multiplier. Le jour vint où je devais repartir, j'avais peur que personne ne prenne soin d'elles, alors je les ai données aux dévots. Ils étaient si heureux qu'ils les prirent tout de suite.

Il y avait encore une autre plante qui était là depuis des années, et qui ne poussait pas beaucoup. Après mon arrivée de nouvelles branches se mirent à pousser en bas, et la tige aussi avait grandi et forci. Le jour de mon départ le père supérieur m'a dit : "Elle est trop grande pour la donner, mais après ton départ elle va sûrement mourir." Je lui ai dit : "Elle pourrait bien vivre encore deux ans." Et cela s'avéra. Deux ans plus tard, quand je suis revenue, la plante venait de mourir. C'était trop tard. Le père supérieur m'a dit : "Elle vient de mourir." Il m'a demandé : "Cela fait-il déjà deux ans que tu es partie ?" Je lui ai dit : "Oui." À ce moment-là, je me suis souvenue de ce que j'avais dit pour rire, et elle est bel et bien morte deux ans plus tard. Donc, on peut dire que les arbres ressentent quelque chose. Je m'occupais d'eux tous les jours, et voilà qu'ils grandissaient et se couvraient de feuillage. Leurs feuilles étaient si larges qu'elles étaient devenues différentes des autres plantes. Je ne faisais pas grand chose de plus que de leur apporter de l'eau tous les jours. Parfois quand il restait du thé, je le leur donnais aussi. J'allais chercher aussi une pelletée de terre dehors et la mettais dans les pots. Au fur et à mesure qu'ils grandissaient, je leur apportais de plus en plus de nourriture. C'est comme cela qu'ils sont devenues trop volumineux.

Le mal entraîne la destruction

À cette époque-là, il y avait une personne qui s'était créée un lourd karma car elle avait pris chez elle un moine pour en faire sa possession personnelle. Les gens d'alentour la tenaient à l'écart. Même si personne ne l'aimait, elle continuait à venir. Un jour, elle arriva et dormit dans la pièce où l'on avait placé toutes les plantes. À cette époque-là, il n'y avait pas de retraite de sept jours, alors j'avais mis toutes les plantes dehors, près de ma chambre et de l'autre pièce. Elle n'y a dormi qu'une seule nuit. Quand je me suis levée le lendemain, de nombreuses feuilles avaient bruni et étaient mortes, comme si quelqu'un les avait brûlées à la flamme, ou comme si elles avaient été trop près de la cuisinière et semblaient brûlées, même si elles ne l'étaient pas vraiment. Mon cœur battait très fort. Je les ai toutes rassemblées et les ai montrées au père supérieur qui a dit : "Il y avait trop de monde et pas assez d'oxygène." Je lui ai dit : "Il n'y avait pas tant de monde que ça." Il ne comprenait pas, aussi je n'ai pas voulu en dire plus. Secouant la tête, j'ai mis toutes ces feuilles à la poubelle. Voyez-vous, c'est impressionnant ! Nous étions deux êtres humains, je dormais chaque jour en compagnie des plantes et il n'y avait pas de problème du tout. Comment se fait-il qu'elle soit venue dormir juste une nuit et que les plantes aient changé à ce point ? Vous savez, beaucoup de gens dormaient là et ils ne détruisaient pas nos plantes en une nuit. Nous méditions beaucoup en ces lieux tous les jours et il ne s'est jamais rien produit de mauvais. Beaucoup de personnes dormaient là souvent et régulièrement et il n'y avait jamais aucun problème. Donc, ce n'était pas à cause du trop grand nombre de gens.

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Le savez-vous ?
 

 

Revue No 120
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