| Sur le chemin |
Une année, à la saison des récoltes, je suis allée avec mon père dans les montagnes ramasser des feuilles de thé. A l'heure du déjeuner, les cueilleuses de thé ont pensé que je n'avais rien à manger. Alors, l'une d'elles qui était végétarienne, m'a invitée à partager son repas. En fait, j'avais apporté mon repas dans une boite. Mon père se trouvait dans les parages et écoutait. Sachant que la dame n'était pas une pure végétarienne, il a répondu avant moi avec un visage fier : "S'il vous plaît, ne vous souciez pas d'elle ! Elle est une pure végétarienne !"
Je n'ai pas pu m'empêcher de rire. Ca m'a rappelé les premières années quand j'ai déclenché une révolution familiale en voulant faire une démarche spirituelle et devenir végétarienne. L'attitude de mes parents a complètement changé depuis. Bien qu'ils ne s'engagent pas sérieusement eux-mêmes dans une pratique spirituelle, ils font parfois des remarques désobligeantes dans lesquelles je ressens l'amour qu'ils ont pour moi. Mais, c'est parce que je n'ai pas été diplomate que des malentendus se sont créés entre eux. On doit réfléchir sur ses propres actes pour comprendre cela. De temps en temps, pendant le Nouvel An chinois, ou d'autres fêtes, je vais voir mes parents. Ils ont peur que je n'aie pas assez à manger ou que ça ne soit pas assez nourrissant, alors, ils me suggèrent souvent de commander des repas complets totalement végétariens pour toute la famille. Lorsque je leur prépare avec amour des plats végétariens simples mais nourrissants, ils apprécient vraiment et me conseillent de ne pas manger de nourriture traitée industriellement. Ma mère est adorable. Je ne la force jamais à manger végétarien avec moi, mais elle le fait toujours pendant mes courts séjours à la maison. Elle va jusqu'à me reprocher malicieusement de laisser pourrir la nourriture non-végétarienne qu'elle a reçue des autres, parce qu'elle ne peut la manger lorsque je suis à la maison.
Je raconte souvent à maman d'intéressantes histoires qui réchauffent le coeur sur l'ordre monastique, comment nous travaillons pour embellir le Centre. Au fur et à mesure que le temps passe, ma mère change lentement; elle s'intéresse davantage à l'aspect plaisant et esthétique de la vie. Elle a commencé à planter des fleurs et des fines herbes autour de la maison pour créer une atmosphère accueillante. Elle fait aussi pousser de gros fruits attrayants qu'elle offre en retour des cadeaux qu'elle a reçus. Parfois, elle fait la naïve et me critique, "Il faut que tu changes!" Et je lui réponds, "Oui! On doit changer. Donc, tu dois devenir végétarienne comme moi !" Alors, elle rit comme une enfant.
Le sacrifice désintéressé de nos parents pour nous, me ramène constamment la même question à l'esprit : puis-je faire le même sacrifice désintéressé sur le chemin de la pratique spirituelle ? Je ne peux pas rembourser la dette que j'ai envers mes parents en réputation, richesse ou biens matériels. Néanmoins, je me suis dit dans mon for intérieur que j'allais être authentique dans ma pratique spirituelle et que j'utiliserai mon précieux corps humain pour servir les autres, ainsi je rembourserai mes parents pour les sacrifices effectifs qu'ils ont faits pour moi.